Covid Swiss made

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Le coronavirus s’est répandu sur les cinq continents à une vitesse folle, refermant les frontières les unes après les autres et anéantissant tout projet d’escapades pour plusieurs mois. Il remet inévitablement en cause mes idées de virées lointaines, mais en aucun cas le goût du voyage. Je “pars” dès aujourd’hui pour un tour de Suisse “spécial confinement”. Il se déroule sur plusieurs week-end et s’étend sur toute la période pendant laquelle les frontières resteront fermées.

Inutile de partir à l’autre bout du Monde pour s’offrir un voyage insolite en dehors des sentiers battus. Franchement, entre nous, on devrait s’interdire de prendre l’autoroute. On file tout droit d’un point A vers un point B, la tête dans le guidon. Pas étonnant dès lors si nous passons à côté des pièces maitresses de notre patrimoine. Ne cherchez pas de verts bocages ou de tendres prairies depuis l’autoroute, vous ne les verrez pas. Nous devons impérativement sortir des chemins conventionels.

le long du jura

L’identité de la Suisse s’est aussi construite par la valeur de ses paysages. Ce n’est pas la région la plus grandiose du Jura celle des rives du bord du Doubs et pourtant on peut l’aimer du premier coup d’oeil. Lire la carte de cette région, fait déjà rêver. Le Moulin de la Mort, le Rocher des Vieilles Femelles … des noms chargés d’histoire. D’histoire au singulier, d’histoires au pluriel. Le Doubs, cette rivière est fascinante lorsqu’elle change de visage à chaque tournant. Elle peut être silencieuse, ou assourdissante, paisible ou tumultueuse. Ici elle est idyllique, plus loin tout à coup, elle devient effrayante. Ce décor est sans âge et les personnages qu’on y rencontre sont hors du temps.

le doubs

Remonter tout le Jura vaudois pour rejoindre les côtes du Doubs à son entrée en Suisse est une idée haléchante. Traverser le coeur des Franches Montagnes avec ses forêts de sapins, ses chevaux en liberté, ses fermes franc-montagnardes, ses murs en pierres sèches,  donne à ce périple une pespective attrayante. Pour terminer, parcourir la Biosphère d’Entlebuch et rentrer par le col du Grimsel, voilà qui devrait nous occuper pendant quelques heures.

le long du doubs

Le trajet de la Dôle au Val de Travers est un véritable délice. Ce parcours évolue sur la crête extrême sud du Jura, offrant une vue magnifique sur le lac de Joux puis celui de Neuchâtel et les Alpes en arrière-plan.

les aiguilles de baumes

le lac de joux

On aimerait que cette route serpente ainsi jusqu’à l’infini, et c’est le cas. Elle se faufile à travers de petites forêts, relie des fermes isolées et longe de nombreuses pâtures à chevaux. Dans la tièdeur d’un matin de printemps qui s’achève, elle joue à cache cache au milieu des vergers. Peut-être bien qu’on ne la devinera pas sous les cachoteries d’un clocher tout neuf qui guigne par dessus les toits. Mais qu’importe un plaisir jubilatoire nous envahit. Les villages s’étalent presque paresseux dans des pâturages où paissent carillonnantes des vaches gourmandes. 

village jurassien

villages jurassiensA l’écart de la route qui se faufile entre les gorges, voici que le Doubs s’étale et prend ses aises en dévoilant avec pudeur des trésors naturels variés. 

le doubs

le doubs

Aux premières heures chaudes de la journée, dans la torpeur des premiers beaux jours, il fait bon se laisser vivre. Pourquoi faut-il quitter si tôt ce calme champêtre ? Pourquoi abandonner déjà cet avant goût des vacances ?

le doubs

Ici, la lumière est manichéenne, extrême dans ses décisions. Brutalité, apaisée bientôt par le soleil rasant. Des horizons de lumière dorée transforment la moindre bosse en titan, monstre prêt à dévorer l’Olympe des cimes avant de se noyer dans le crépuscule. Il est temps d’envisager le bivouac.

Seuls, en forêt, on se sent parfois attirés par les arbres broussailleux par l’épaisseur des troncs rapprochés qui s’amassent. On se voit comme une fourmi parcourant un tas d’aiguilles d’épicéa. On lève les yeux, et les branches en étoiles autour du tronc nous captivent. La sensation de lire l’ADN du monde. La forêt apaise sans qu’on puisse savoir pourquoi. Les arbres reliés entre eux forment une veillée paisible et silencieuse. bivouac sous tenteSe coucher, voir le monde d’en bas, sur le dos des minutes entières. Entre deux ombres se projettent les volutes des cumulus, où scintillent des filons d’étoiles vives comme autant de rivières de diamants.

Le bivouac c’est parfois juste une manière de dire “qu’on se les pèle” en attendant que le soleil daigne se lever. Mais parfois, le bivouac est infiniment plus que cela. Ce bivouac-là vous fait vivre le bivouac sous tente où vous vous sentez reçu par ces quelques mètres carrés de « froid moins froid qu’au-dehors », comme dans le plus exubérant des palaces.

bivouac sous tente

Douceur inattendue de la nuit froide, clarté lunaire qui inonde la forêt d’un linceul d’une pâle transparence. En Pierrot terrien, on éteint sa lanterne, et l’on s’endort.

Au petit matin, dans la lumière douce des premiers rayons du soleil qui carressent mollement les herbes tendres emplies de rosée, les oiseaux se réveillent. En quelques minutes, la forêt tout entière se met à gazouiller, siffler, chanter dans un unique concert.

la forêt

Les forêts des Franches Montagnes isolent des régions entières où il est possible de randonner dans des paysages grandioses sans rencontrer âme qui vive ! Plus d’un tiers du territoire est recouvert d’une forêt encore préservée.

les franches montagnes

les franches montagnes

Dans un combat inégal, tranchante et vive, la trace routière cisèle à jamais les pâturages, laissant une empreinte indélébile. 

sur la route

Nous quittons le calme des forêts pour monter, monter encore pour que le regard puisse enfin plonger sur un plus large paysage. Au détour d’une petite route, sur le dernier replat avant la dernière crête surgit la Biosphère d’Entlebuch. C’est une région mystique, offrant calme, inspiration et détente : des marais intacts, des pâturages idylliques ou encore la Schrattenflue s’élançant majestueusement vers le ciel offrent des expériences exceptionnelles.

l'entlebuch

Enfin, résolument décidés, nous plongeons vers le Lungernsee. Le vert s’est enrichi de turquoise rajoutant à la palette de couleurs une teinte encore inexplorée.

le lac de lungerner

Naviguer en mer, sur un lac ou dans sa tête, qu’importe l’endroit, du moment qu’on va au bout de ses rêves.

bateau ivre

Et soudain, surgissant de nul part, le lac de Brienz. Le tracé capricieux du lac offre des points de vue sans cesse renouvelés, grâce à une combinaison parfaite d’eau translucide, de vallées verdoyantes et de sommets enneigés.

Cependant, cette “carte postale” hélvétique cache dans ses profondeurs les plus sombres plusieurs tonnes de munitions et autres déchets militaire qui ont été volontairements balancés là par l’armée suisse. Malgré des problèmes de pollution d’écosystème dans le lac, aucune relation de cause à effet n’aurait pu être mise en exergue… je suis plutôt dubitatif quant au résultat de cette étude… que vive donc la baignade!

le lac de thoun

le lac de thoun

Une bonne partie des cols suisses ont terminé “leur pause” hivernale. Nous rentrons par le col du Grimsel.

le lac du grimsel

 

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