Islande, terre de glace et de feu

Je rêve de cette terre située entre l’Europe et l’Amérique, l’Islande. Ce pays de feu est de froid, désertique, mais fascinant. Pouvoir y contempler des landes lunaires, des déserts minéraux, des plages de sable noir, des geysers, des volcans, des glaciers vastes comme la Corse, découvrir une nature à l’état brut, ça c’est un rêve.

Rouler dans le froid et la brume, me plonger dans une eau à 38°, au milieu des fumerolles de soufre, m’enthousiasmer d’une « montagne qui me répondra quand je lui parlerai ».
Aller à la rencontre des elfes et autres trolls, entendre les chants vikings ancestraux, côtoyer ce peuple qu’on estime le plus heureux au monde. C’est encore un rêve… qui s’est transformé en réalité.

 Retrouvez ce voyage dans le Roadtrip no 41 d’avril/mai 2017 ou retrouvez l’article ici

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16/24-7/15-8 4530 km

Qui se prépare à voyager, voyagera trois fois (la préparation, le voyage à proprement parler et les souvenirs qu’il en restera). La préparation au voyage fait déjà partie du voyage. Et si tout est bien préparé, avec des libertés possibles, ce sont des tracas en moins sur place. Ces préparatifs ont pris 5 mois, et ce fut un plaisir de les faire.

De nombreux visiteurs s’y sont promenés avant moi, et certains d’entre eux ont retracés leur expérience dans différents blogs, souvent très pratiques. Tout en sachant garder une certaine réserve quant au réalisme des faits. Ces blogs m’ont confirmé dans l’idée que l’Islande était un pays à ne pas manquer.

Après avoir potassé les blogs, parcouru les guides, positionné des confettis autocollants sur la carte, j’ai pu avoir une vue générale de ce qui était prioritaire à mes yeux. Mais là encore, le nombre devait être restreint. Aussi ai-je opté pour « tourner » dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en remontant vers le Nord-Est, une visite éventuelle du centre du pays en empruntant quelques routes F, la visite des fjords du Nord-Ouest, puis imaginé une descente vers le Sud par la piste F35 qui traverse l’Islande du Nord au Sud, un passage au Landmannalaugar, me rendre dans l’incontournable Cercle d’Or, et ensuite revenir vers l’Est pour les visites de Jökulsárlón et de Vik.

La réservation du ferry allait « callé » mes intentions de départ avec les « possibles » sur l’ile.

 

 

 

Epona a profité de quelques atouts supplémentaires. Au vu du terrain que j’allais rencontré, elle fut chaussée d’Heidenau k60.

 

 

 

 

 

 

 

 

La préparation du matériel à emporter pris également un certain temps. D’abord, le choix de la tente. Elle devait me permettre la monter rapidement et seul, dans laquelle je puisse cuisiner en plus de ranger une partie de mes affaires. Mais elle devait surtout résister au dieu Eole qui pouvait se montrer particulièrement arrogant.

Une fois tout cela rassemblé, commença une partie de jeu « tetris ». Réussir à mettre tout ce barda dans les valises que j’emportais était un nouveau défi.

Finalement, tout y a passé et le départ pour le pays du froid s’est déroulé sous une chaleur caniculaire.

 

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

Après avoir traversé la Suisse, remonté l’Allemagne puis le Danemark, c’est enfin l’embarquement à Hirschthal pour le port islandais de Seydisfjördur.

Pour faciliter le chargement des véhicules, ces derniers sont « triés » et répartis dans des parcs en fonction de leur dimension. C’est l’occasion de premiers contacts. L’Europe presque entière est représentée.

Les motos sont lourdement chargées. Elles témoignent des motivations profondes de leur pilote ayant soif d’aventure.

L’arrimage des motos reste un moment épique. Elles sont alignées les unes « contre » les autres et l’espace les séparant est si petit qu’il est difficile de manœuvrer afin de les ancrer le mieux possible. La compagnie de navigation fournit des sangles d’arrimage. Elles sont tellement pourries qu’il vaut mieux prendre avec soi de quoi faire.

A côté de moi, deux belges s’activent. L’un deux tend la spancette qu’il a fixée. Mais à mesure qu’il actionne le mécanisme de serrage, sa moto se redresse et elle n’a plus d’appui sur la béquille latérale. L’équilibre est précaire et un « strike » est plus qu’envisageable au vue du nombre de motos alignées. Etant pour le rapprochement des peuples (et surtout, une folle envie de pouvoir poursuivre mon voyage dans de bonnes conditions, le bowling n’étant pas mon fort) je lui montre comment fixer facilement et solidement sa « belle ».

Sur le ferry, je retrouve Luc et Philippe, les deux belges rencontrés dans la soute. C’est l’occasion d’échanger sur nos projets de voyage, de délirer aussi… mais encore avec beaucoup de convenance. Philippe est dentiste et Luc son patient, une rencontre autant insolite… qu’improbable. Mathieu est aussi là. Un français qui voyage également seul.

Ouf, finalement c’est le débarquement. Il en fallait pas beaucoup plus. Les deux dernières heures ont été particulièrement pénibles. Quelques tangages de plus et je « chavirais ».

1er jour en Islande: Seydisfjördur – Asbyrgi canyon


Il est 0900 et quelques. Depuis le pont du Norröna, j’aperçois enfin les côtes islandaises, à travers les déchirures que le vent provoque dans un ciel gris. Après la longue traversée de l’Allemagne et du Danemark, l’embarquement d’Epona à Hirtshals et 48 heures de « croisière », j’arrive dans le port de Seydisfjordur.

Sur le bateau règne une joyeuse excitation. Les conducteurs sont déjà au volant de leur voiture dans les cales du Norröna et bientôt les autres passagers s’agglutineront autour des bâtiments de la douane islandaise, en attendant le débarquement.

C’est parti. Les portes du bateau s’ouvrent. Huit-cents véhicules, allant de l’improbable Harley Davidson au monstrueux camion suréquipé, en passant par toute sorte de 4×4 et de berlines, défilent, s’arrêtent pour charger leurs passagers et repartent en quête d’aventure.

Nous voilà en Islande. Vent, froid et pluie nous accueillent.

On décide de se rendre à Egilsstadir. La ville tire son nom d’une ferme originale, elle s’est agrandie aujourd’hui pour devenir la plus grande ville de l’est de l’Islande. Nous y trouvons ce que nous cherchons à savoir de quoi se ravitailler à la fois en nourriture et en couronnes islandaises.

Luc, super motivé, a décidé de se transformer en « super cordon-bleu ». Pour se faire, il achète bien la « moitié » du magasin. Puis pour mes amis belges s’est le moment de mettre tout leurs achats dans le peu de place qui leur reste.

C’est le moment de se quitter. Après une chaleureuse accolade chacun prend la direction de son choix. Mathieu prend la direction d’une piste « impressionnante » selon les éléments de littérature qu’il a consulté. Luc et Philippe vont vers le nord.

Pour ma part, je souhaite visiter l’ile en tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Pourquoi? J’en sais rien…, mais cela me paraît être progressif en termes de difficultés routières et le retour par le sud me laisse entrevoir un retour au port en empruntant des routes plus aisées.

Découvrir les chutes d’eau de Dettifoss en empruntant une « gravel road » me séduit et me fixera immédiatement sur mes capacités à maitriser Epona sur ces routes tourmentées.

Je quitte Egilsstadir par la route no 1 en direction de mon objectif. Il pleut, il vente, c’est la fête à la grenouille… lorsque j’entends furtivement un coup de klaxon. Un rapide coup d’œil au rétro me permet d’identifier son origine. Philippe et Luc sont juste derrière moi…

A ce stade du voyage, il y a lieu de présenter mes compagnons d’infortune.

Après quelques kilomètres de cette route circulaire (elle fait le tour de l’île et est plus ou moins goudronnée dans sa totalité), je rejoins la 901. Mes amis belges me suivent… C’est l’occasion de découvrir les premières sensations sur une gravel road. Debout sur les cale-pieds, la moto se comporte à merveille.

Après quelques kilomètres et traversé un vaste plateau désertique, nous rejoignons la route circulaire. Puis nous empruntons la 864 qui permet d’admirer les chutes de Dettifoss du côté Est. Sur la gauche, dans un pierrier, je distingue une valise alu. Premier témoignage des aléas des routes islandaises. Un motard a perdu ici une partie de ses bagages…

Après 30km d’une piste en graviers/sable, nous arrivons. Le canyon est à notre droite. Une brume d’humidité s’élève et un grondement intense se fait entendre sur notre gauche. Nous sommes tout proches.

Elle se situe dans le canyon de la Jökulsá D’une largeur de près de 100m et hauteur de 45m, c’est la plus puissante d’Europe.

Elle charrie, dit-on, 500 000 tonnes de débris par an. C’est tout simplement impressionnant. Impossible de décrire l’esprit dans lequel on est lorsque l’on s’approche de l’eau, car ici, aucune barrière. A vos risques et périls. On se sent minuscule à côte de ce monstre.

« Gastounet », viking intrépide, se prépare pour une première cascade. Même pas peur!

Elle est belle quel que soit l’endroit d’où vous la regardez. Féérique, envoutante. Un régal. Pour ne rien vous cacher, c’est cette chute qui m’a donné le déclic pour imaginer ce voyage en Islande. Je venais de consulter quelques blogs relatant des trips de motards, Dettifoss m’a ensorcelé.

Mais toutes bonnes choses ont une fin, nous devons reprendre la route, car cette première journée dans le grand Nord est bien chargée et nous avons encore des kilomètres à faire pour rejoindre notre futur campement.

Hafragilsfoss, un autre endroit surprenant.


Nous pousserons notre chemin jusqu’au Gorge de l’Asbyrgi qui se présente sous la forme d’un cirque naturel.



2ème jour en Islande: Asbyrgi canyon – Laugar

Une nouvelle journée commence pour nous en Islande. Certains se réveillent tôt. 4h30, il fait jour (enfin… moi j’en sais rien, je dors…). Direction la douche et préparation pour le départ… Petit déjeuner, omelette au jambon pour la Belgique. Je reste sur des fondamentaux plus classiques avec du pain et de la confiture… Puis, pliage des tentes et chargement de nos brèles.

9h30, la fine équipe est prête!!!

Départ d’Asbyrgi via la 85 pour longer la côte vers l’ouest. La température n’est pour l’instant pas très élevée, tout juste 8 degrés. Dans le même quart d’heure, nous avons le plaisir de gouter à tous les temps. Nuage, vent, pluie et même le soleil.

Ces changements subits de conditions météorologiques nous donnent l’occasion de découvrir des paysages aux lumières étonnantes.

Nous sommes juste à côté du lac Myvatn, le lac aux mouches. De l’autre côté de la route 1, on aperçoit le dôme du cratère de cendres du volcan Hverfjall. Pour y arriver, une petite piste de 5km nous amène au pied du volcan.

Y a comme du vent!!

La montée prend près de 30 minutes. La débuter trop rapidement n’est pas la meilleure des idées. Une fois là-haut, des vues superbes nous attendent. Non seulement de l’intérieur du cratère, mais aussi de tous les côtés, à 360°. Des paysages totalement différents au Nord qu’au Sud. Que du côté de Krafla ou celui du lac Myvatn. On s’arrête un peu partout pour contempler cette magnifique vue, ces paysages égorgés, mal menés.

En poursuivant notre route vers Hverir, notre étonnement ne va pas s’arrêter là.

Il est vrai qu’à moins de 3km de profondeur couve une immense chambre magmatique à l’origine de ces mouvements de terrain, de ces vapeurs, de ces éruptions volcaniques. Dire qu’il y a également quelques dizaines d’habitation de ce côté. Il faut oser, ne pas avoir peur de devoir s’encourir en plein milieu de la nuit quand le sol se met à trembler trop fort.

Pour rappel, les solfatares sont des fumerolles rejetant de grosses quantités de soufre. Autant dire que cela ne sent pas bon. Et que cette odeur d’œuf pourri, on a l’impression de la sentir encore deux jours plus tard. Mais le déplacement en vaut la peine.

Dans ces marmites de boue, l’eau fort acide dissout la terre et la roche (n’y plongez pas votre doigt). Les vapeurs gorgées d’hydrogène sulfuré se transforment en dépôts de soufre de couleur jaune vive. Le bruit est constant, et parfois très puissant, comme une marmite à pression.

Attention c’est chaud, très chaud. Le sol peut atteindre 80 à 100°.

Notre « gastounet » en viking vénérable a ignoré les recommandations faites. Chaud devant…

Les narines remplies d’odeur d’œuf pourri nous poursuivons notre route jusqu’à Laugar pour les remplir de l’odeur de poisson. En effet, non loin de notre camping sèchent des poissons et selon la direction du vent, nous dégustons…

Les « Bé èm wé » sont vraiment les plus solides et peuvent, à loisir, se transformer en étendage.

Ce soir, nous mangerons à la station-service du coin. Burger au menu. Les islandais souffrent pour la plupart d’une horrible maladie: la malbouffe!! Burger, hot dog et frite sont leur principale source d’alimentation.

Dans les stations-service islandaises, on trouve de tout. Les habitations sont tellement éloignées les unes des autres qu’il n’est pas rentable d’ouvrir des commerces d’alimentation. On les trouve dans les shop des station-service. Le wifi est souvent libre d’accès et c’est l’occasion pour les islandais d’entrer en communication au monde, pour nous aussi d’ailleurs.

3ème jour en Islande: Laugar – Laugafell

Il y a de la rosée ce matin, et comme à son habitude, le ciel est couvert. Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous allons pouvoir plier la tente au sec.

Les Belges se sont levés tôt, comme à leur habitude, tandis que la Suisse profite encore de la chaleur de sac de couchage. Départ usuelle, 9h30 – 10h00.

Le chargement des brèles est encore une petite aventure, surtout pour « gastounet » qui fait de réels efforts pour maintenir le rythme. Et lorsque tout est chargé, tout le monde prêt pour le départ: – » mais où ai-je mis les clefs!! » Elles sont évidemment dans le pantalon situé là, au fond du sac qui est solidement attaché sur la « Triomphe ».

Content le « gastounet ».

Direction Godafoss, superbe chute d’eau.

L’origine de son nom remonte à l’an 1000 quand l’Islande se convertit au christianisme. De retour de Thingvellir où l’Althing avait pris la décision d’adopter la foi chrétienne, Thorgeirr Thorkelsson, le « récitateur des lois » de l’époque, passa par ici en regagnant sa ferme et jetta les effigies des dieux païens dans la chute qui s’appelle depuis lors Godafoss, la « chute des dieux ».

C’est au niveau de Godafoss que commence la route F26 appelée aussi Sprengisandur. C’est la deuxième piste du pays qui permet, en été, de relier le nord au sud en traversant le désert intérieur entre les glaciers Hofsjokull et Vatnajökull. Elle est uniquement accessible aux 4×4 à cause de nombreux gués infranchissables en voiture normale.

Après quelques kilomètres à peine se trouve la chute d’Aldeyjarfoss. C’est la même rivière qui alimente Godafoss 35 km en aval. Ici, elle s’est frayé un passage dans une vieille coulée de lave révélant de magnifiques orgues basaltiques couverts de lichens orange.

C’est une spectaculaire cascade située au tout début de la Sprengisandur au nord. Une route de terre, la 842 longe la rive gauche de la rivière Skjalfandafljot jusqu’à la ferme de Myri. Une fois passée la barrière à moutons, commence véritablement la F26.

On observe très clairement la superposition de deux couches d’orgues basaltiques. Celle du dessus est irrégulière et chaotique car la lave s’est refroidie rapidement tandis que la partie inférieure présente des colonnes très régulières. Ces dernières se sont refroidies plus lentement ce qui a permis une contraction régulière de la lave.

Sur le parking, deux petites huttes en bois offrent les dernières toilettes avant Laugafell.

« Goupil » et « Gastounet » ont monté sagement la garde surveillant nos brèles d’une attaque éventuelle d’elfes ou d’autres esprits habitant les environs.

Car, autrefois, ce désert avait mauvaise réputation et les islandais se hâtaient en le traversant tant à cause du manque de pâturage pour les chevaux qu’à cause de la présence de fantômes, elfes, esprits et autres créatures maléfiques qui hantent les hauts plateaux. Ceci explique le nom Sprengisandur qui se traduit par « les étendues de sable qui épuisent » (les chevaux).

Le désert de Sprengisandur est constitué de terre et de cailloux. La végétation, rare, se rassemble autour des cours d’eau où mousses vertes fluorescentes et épilobes roses contrastent violemment avec le gris environnant.

Parfois la piste longe un lac totalement exempt de végétation. La vue s’étend au loin sur les calottes étincelantes des glaciers.

Pour rejoindre Laugafell nous quittons la F26 pour emprunter la F881 et F821. Laugafell est une oasis de verdure située à 25km à l’ouest de la « Sprengisandur », entre l’Hofsjökull un petit glacier, et l’immense Vatnajökull.

Nous sommes de suite accueilli par un vent vif et froid. Il faut ruser pour monter les tentes au risque qu’elles s’envolent. A quelques mètres de là, une piscine au milieu de nulle part, en plein centre de l’Islande. Il n’est plus question d’infrastructure, le bassin est de petite taille, creusé dans le sol et renforcé par de le rocaille. La température de l’eau varie entre 33 et 37°C, un vrai régal.

4ème jour en Islande: Laugafell – Varmahlid

Il va falloir passer le premier gué. Il se trouve au bas d’une descente. Un 4×4 vient de le franchir dans l’autre sens. Un couple en sort excité à l’idée de prendre pour cible photographique des motards.

« Goupil », le plus téméraire des vikings, s’en va en guerre. Après quelques mètres sur des pierres rondes et glissantes, il se retrouve dans l’obligation de devoir poser la « Bé èM Wé » sur le côté. Etouffé par le casque, me parvient un timide « help », « help ».

Mettre sur la latérale Epona sur cette piste recouverte de cailloux et de surcroit en pente, n’est pas une mince affaire. Pensez-vous que les deux « caisseux » se soient excités pour lui donner un coup de main? que nenni! Ils ont fui lamentablement…

Quelques kilomètres plus loin, un nouveau gué. Mais alors, plus profond, plus long et surtout avec un débit d’eau bien plus important.

Il va falloir opter pour une stratégie plus sécuritaire. Nos motos sont délestées d’une partie des bagages que nous portons de l’autre côté de la rivière. Puis, c’est en pied, que nous amènerons nos brèles sur l’autre rive.

Avant de poursuivre notre périple, par bonne conscience plus que par réelle efficacité, nous vidons nos bottes et essorons nos chaussettes trempées.

Chaque gué que nous traversons est minutieusement observé afin d’y desceller les pièges éventuels.

Seulement alors on ose se lancer… le cœur battant… c’est chaque fois une nouvelle expérience, dont l’issue est parfois incertaine.

C’est un paysage lunaire accidenté. Nous éprouvons toute l’immensité de cet environnement. Pas âmes qui vivent aux alentours. Nous sommes seul. Jamais je n’ai vécu cette solitude comme quelque chose d’angoissant. Bien au contraire, ce désert de roche varie sans cesse. Pour qui sait observer, c’est un carrousel d’images qui se renouvellent au gré de nos pérégrinations.

Mais parfois, la piste peut se montrer traitresse. Un trou plus important qu’un autre, un banc de sable, une partie moins dense où la roue avant se perd et si la bonne accélération n’est pas au rendez-vous, l’arrière de la moto aura vite fait de vouloir rattraper l’avant. La chute sera alors plus que certaine. Nous l’avons tous éprouvé au moins une fois…

« Gastounet », en viking cascadeur, a tenté de « voir » l’avant de sa roue en passant pas sa bulle. S’en suivit une cabriole dont il en a le secret, une bulle arrachée ainsi que le sac réservoir et la valise gauche. Je ne parle pas du levier de vitesse qui « tire la gueule ».

Ce genre de mésaventure aurait pu arriver à n’importe qui d’entre nous. « Gastounet » malheureux viking est resté plus de neuf heures sur ce plateau pendant que nous partons chercher une dépanneuse. Il n’a vu qu’une araignée, un oiseau et cinq voitures. Seul deux ont daignés s’arrêter pour s’enquérir du besoin éventuel de secours. Ca fait réfléchir sur la solidarité humaine…

Le valeureux viking « Gastounet » n’est fort heureusement pas blessé. Muni de son matériel personnel, de nourriture et d’eau potable, nous le laissons tel Neil Armstrong seul sur la lune. Nous parcourons plus de 70km avant d’obtenir du réseau. L’état de la piste ne s’améliore pas.

En quelque part, devant « Goupil », se trouve la route à suivre…

Arrivé proche de Varmahlid, « Goupil », viking polyglotte, téléphone en Belgique afin que l’assurance autorise une dépanneuse pour ramener « Gastounet ». Nous avons pris la peine de faire une photo et surtout de relever les coordonnées GPS exact de l’endroit. Nous transmettons toutes ces précieuses informations à la personne de contact en Belgique, laquelle n’a vraisemblablement jamais entendu parler de coordonnées GPS!!! J’en crois pas mes « z’oreilles ». Même si la « moussette » monte, « Goupil » en sage viking fait mine de ne pas s’enflammer.

Finalement, les secours s’organisent et c’est en fin de soirée qu’un 4×4 peut monter chercher notre ami « Pierrot » laissé au « clair de la lune ».

« Gastounet » trouvant le temps long et ne voyant personne venir, se préparant à affronter une nuit des plus glaciales, s’est couvert le dos de cataplasme chauffant. Habillé, tel un esquimau devant affronter une nuit de tempête, il a bien cru tomber en syncope, lorsqu’assis dans le 4×4, secoué telle une bouteille d’Orangina, la chaleur l’envahit.

« Gastounet » a tout de même pu voyager pendant ce laps de temps puisqu’il a passé de la lune à la planète mars.



Cinquième jour en Islande : Varmahlid – Varmahlid


Nous avons reçu des nouvelles de notre infortuné. Il a passé la nuit chez le dépanneur, bien au chaud et sa moto sera réparée dans la journée. 900 roro pour fixer une valise et changer le sélecteur!! Y a pas à dire, l’Islande reste un pays chère.

« Gastounet » nous rejoindra ensuite.

« Goupil » et moi, profitons de cette belle journée pour visiter la péninsule de Skargafjordur. Nous prenons la route 75 qui débouche avec émerveillement sur Siglufjorðür, un port de pêche lové au fond d’un fjord encaissé.

Nous sommes maintenant sur la 745. Une gravelroad comme il en existe beaucoup en Islande. Sur notre droite s’étend à perte de vue de l’eau. De petites iles viennent troubler l’intensité du bleu de la mer.

Terre sauvage battue par les vents, la côte n’est que très peu habitée.

Nous roulons à vive allure et derrière notre sillage s’élève un nuage de poussière. La piste nous conduit au milieu des falaises de lave tombant sur des plages de galets noirs. Niché au fond d’une crique au milieu des pitons de basalte, une ambiance magique y règne.



Sixième jour en Islande : Varmahlid – Heydalur


La visite d’une partie des fjords du nord-ouest de l’ile nous intéresse. « Goupil » viking routard, nous trouve un super spot. Imaginez une française, Elise de son prénom, qui tient un camping, restaurant et chalet en bois. On ne pouvait raisonnablement ne pas manquer cela. Cerise sur le gâteau, pas loin de là, devrait se trouver des phoques.

Traversant des paysages superbes, la route 68 nous mène jusqu’à Holmavik, au fond du fjord de Steingrimsfjordur. En chemin nous nous arrêtons pour profiter du bord de mer. Immédiatement nous nous retrouvons entourés d’oiseaux qui tournoient au-dessus de nos têtes.

A mesure que nous progressons dans les près environnants, le vol des sternes arctiques, car il s’agit de cette espèce d’oiseau, est plus « pressant » et nos têtes sont « mises à prix ». Nous mettons un certain temps avant de comprendre la signification réelle de ces vols acrobatiques. Elles défendent leurs progénitures en attaquant vigoureusement les intrus que nous sommes.

En effet, la sterne arctique nidifie en colonies. Le nid est un creux dans le sol, une dépression peu profonde, souvent installé dans la végétation basse, sur le sable ou les graviers des plages, mais à bonne distance de l’eau.

Surpris par la fiabilité de sa « Triomphe », notre « Gastounet » s’essaie à d’autres véhicules…

Coincée entre les falaises et l’océan, la route qui longe le fjord est absolument merveilleuse ! Franchissant des cols embrumés, elle plonge à plusieurs reprises au creux de vallées verdoyantes, offrant des points de vue tout à fait surprenants sur la région.

Nous découvrons une terre secrète et sauvage. Balayée par les vents de l’océan glacial arctique, l’énorme péninsule des fjords du nord-ouest abrite de nombreux petits ports de pêche aux maisons colorées. Face à nous, la chaîne du Snaefjallastrond s’étale de tout son long.

Heydalur est sur la 633. « Gastounet » n’est pas en forme. Suite à sa cabriole, il a une certaine appréhension des pistes et autres gravel-road. Nous avançons prudemment. Mais au bout de plusieurs kilomètres, un doute nous envahit. Sommes-nous sur la bonne route?

Une maison isolée semble habitée. C’est la seule que nous ayons vue… En viking interrogateur, je m’approche de la bâtisse. Immédiatement des enfants en sortent et derrière eux siègent les parents. Ils me renseignent sur la justesse de l’itinéraire et s’inquiètent surtout de savoir si tout va bien pour nous. Sympathiques les habitants, certains touristes pourraient en prendre de la graine…

Heydalur est vraiment perdu au fond d’un fjord. L’endroit est charmant. Elise venue en bénévole, s’est éprise pour ce pays et… d’un islandais. Ensemble ils ont réaffecté une vieille ferme en restaurant. La nourriture y est excellente. Nous passons la nuit dans un petit chalet jouxtant l’auberge. En contre-bas un hot-pot rajoute un cachet supplémentaire à ce lieu sauvage.

Non loin de là, nous avons la chance de rencontrer un renardeau polaire. Sa livrée noire lui permet, sur les plages de galets noirs, de se cacher des prédateurs.


Septième jour en Islande : Heydalur – Daeli Vididalur

Ce matin nous hésitons quant à la route à suivre pour rejoindre Budardalur. « Gastounet » ne souhaitant pas emprunter à nouveau des routes non goudronnées, opte pour prendre la 61. Avec « Goupil » nous prenons conseil chez Elise qui nous suggère de suivre la 608. Une route de montagne parsemée d’une multitude de petits lacs.

Mais auparavant, nous aimerions apercevoir des phoques. Le fameux guide du routard nous promet cette rencontre fantastique. Encore une fois, c’est Elise qui nous renseigne.

C’est en viking heureux que nous poursuivons notre route.

Sans être particulièrement difficile, cette piste recèle des paysages magnifiques. Des lacs en abondance s’alternent avec des espaces plus arides.

Avant de rejoindre la route 60 qui nous mènera directement à Budardalur une méchante ondée s’annonce. La météo devient de plus en plus incertaine et nous quittons une piste boueuse sous une bonne pluie.

Nous nous trouvons en période de marées basses. La mer laisse apparaitre de nombreux ilots inconnus. Le sable, encore imprégné d’eau de mer, reflète l’image du ciel tel un miroir.

Nous avons rendez-vous à l’unique station d’essence de Budardalur. Donc facile à trouver!! Sauf que la station d’essence n’existe plus… Nous nous sommes néanmoins retrouvés rapidement… difficile de s’y perdre, il n’y avait que deux maisons.

Le guide du routard, encore lui, suggère à « Goupil » notre g.o. viking, de nous rendre au camping de Daeli Vididalur. Lorsque nous y arrivons, nulle tente autour de nous!! Renseignements pris, le camping s’est transformé en logements composés de plusieurs petites huttes de bois.

Et toujours cette petite pluie fine qui nous suit.


Huitième jour en Islande : Daeli Vididalur – Hrauneyjar


S’il ne fallait voir qu’une région en Islande ce serait celle-là ! Modelées par un volcanisme acide et une géothermie très profonde, les terres de Landmannalaugar se déclinent en une variété infinie de paysages ! Seulement pour y arriver, c’est long… surtout si l’on part de Daeli Vididalur.

D’abord, nous devons prendre une décision difficile. « Gastounet » viking cascadeur ne voulant pas renouveler son exploit de la piste F752 et encore secoué par la dureté du sol islandais, préfère poursuivre seul jusqu’à Geysir où nous devons le retrouver demain à 14h00.

Conscient de la longueur du parcours que nous nous sommes fixés, je presse « Goupil » dès le petit-déjeuner afin que nous puissions tenir l’horaire. Le parcours est ambitieux. De nombreux kilomètres sur piste nous attendent et je ne souhaite pas « bouffer » du kilomètre au détriment de ce que nous allons découvrir. Et, il nous faut encore faire quelques achats avant de rejoindre la F35.

La route F35, qui court à travers le cœur de l’Islande, est aussi appelée Kjölur. Elle est unique. Le décor y est grandiose, on ne voit personne à des kilomètres, aucun signe de vie en dehors de cette piste tracée par l’homme, c’est à la fois excitant et effrayant.

Après plusieurs dizaines de kilomètres d’une piste caillouteuse avec sur certaines sections une quantité de nids de poule mettant à mal les amortisseurs, la piste F35 passe tout près de Hveravellir, un champ géothermique extraordinaire qu’il serait dommage d’ignorer.

Nous quittons la route Kjölur pour prendre à l’ouest des hautes terres islandaises. A la sortie d’une courbe un banc de sable recouvre la F735. Pas le bon réflexe et c’est un ballet composé à la fois d’un peu de rock, de valse et de tango. Epona va dans tous les sens et…

… se couche mollement. Et un rétro en moins… Rien de grave, que du matériel. Mais c’est vrai que lorsque j’aborderai, plus tard, une partie sablonneuse, cela sera avec une once d’appréhension.

Hveravellir est une réserve naturelle unique, située au milieu de la route Kjölur à l’ouest des hautes terres islandaises, entre les glaciers Langjökull et Hofsjökull. C’est une des plus belles aires géothermiques du monde, avec ses fumeroles et sa constellation de sources chaudes d’un bleu limpide.

Tous les sens sont en éveil : l’odeur d’œuf pourri imprègne les lieux, le sifflement strident du « dôme hurlant » Öskurhóll qui émet un jet de vapeur, couvre par endroit le bruit des bulles d’eau ou de boue éclatant à la surface. Les vapeurs d’eau créent une sorte de brume réduisant le champ de vision et rendant le spectacle fantasmagorique… Par endroit, un rayon du soleil arrive à percer la brume, se reflète sur l’eau bleue d’une source et fait scintiller les gouttes d’eau emprisonnées sur les marécages bordant les bassins.

On trouve ainsi la magnifique source chaude Fagrihver, à l’eau bleue intense entourée de dépôts de silice, ou le cône d’agglomération Gamli Fagrihver, qui semble inactif mais contient de l’eau chaude à une température autour de 95°C. Comme pour Öskurhóll, les dépôts de silice et de souffre ont fini par former un dôme réduisant petit à petit l’ouverture d’où s’échappent les gaz.

Au Moyen-Age, Les fumerolles effrayaient les gens et les animaux, elles étaient même considérées comme la marque des portes de l’enfer. Aujourd’hui, c’est une attraction appréciée par les visiteurs,

spécialement ses sources chaudes où l’on peut prendre un bain délassant.

Les Hautes Terres étaient une terre d’exil pour de nombreux criminels Islandais. En perdant tous leurs droits, ils étaient traqués par leurs ennemis mais rares étaient ceux qui les poursuivaient dans ces déserts sauvages. Ces hors-la-loi devaient alors survivre dans des conditions extrêmes.

Un des plus célèbres hors-la-loi du 18e siècle, Fjalla Eyvindur (Eyvindur des Montagnes) vécut ici quelques temps avec sa femme Halla qui avait choisi de le suivre dans sa fuite. Sur le site, une sculpture en pierre de deux coeurs entourés de barreaux rend hommage à cet amour tragique.

Du haut de petites collines, on aperçoit la route sinueuse qui trace son chemin jusqu’à l’horizon, traversant un désert de sable noir et de terre ocre, encadré au loin par d’imposants reliefs enneigés, à moitié cachés par les nuages, la végétation est rare. Dans un vif déchainement de couleurs, la ligne de l’horizon ondule et dégringole au fil des reliefs. Se dessine alors un décor de montagnes et de canyons, de cratères et de lacs, de hauts plateaux et de déserts.

Traversant un univers de soufre et de lave, l’itinéraire se poursuit vers le sud par les hauts plateaux volcaniques.

Après plus de 200 km de piste, nous atteignons le site du Cercle d’or qui renferme la magnifique cascade de Gullfoss qui signifie « chute d’or » à cause de l’arc-en-ciel qui apparaît dans les embruns avec le soleil. Le cadre est grandiose et la puissance des flots impressionnante.

Nous poursuivons par la 30 et 32 qui sont toutes deux des routes asphaltées. Le rythme est plus régulier, plus rapide aussi. C’est en toute fin d’après-midi que nous atteignons Hrauneyjar. Dernière station d’essence avant Landmannalaugar, dernière guesthaus également. Les motos ont bien « souffert » de cette intense journée. Nous aussi…

Pour la petite histoire, il n’est pas autorisé de pénétrer dans le bâtiment avec les chaussures. A l’entrée de la bâtisse siègent bon nombre de chaussures entassées pêle-mêle. Lorsque la gardienne des lieux nous voit arriver, elle décrète que pour nous il n’est pas nécessaire d’ôter nos bottes. Ainsi la population des environs est sauve.            


Neuvième jour en Islande: Hrauneyjar – Reykjavik


La piste 208, pour se rendre à Landmannalaugar, commence tout doucement et demeure plutôt bien roulante, malgré la présence de nombreux nids de poules et de grandes flaques d’eau. Très vite, les sensations deviennent différentes. La piste se transforme en un champ de pierres qui roulent à notre passage. Ca monte, ça descend, rien n’est stable. Hier soir, à Hravneyjar, on nous avait avertis que la piste était en très mauvaise état, mais jamais nous n’avions imaginé un pareil « rodéo ». A moult reprises, je récupère Epona qui danse entre mes jambes. Parfois, nous nous arrêtons… pour reprendre notre souffle.

Les paysages sont incroyables. Dans cet univers chaotique composé de montagnes et de falaises aux reliefs surréalistes, nous progressons. De là, parcourant de vastes étendues rocailleuses, la piste glisse au fond des gorges et des canyons verdoyants. Au milieu de prairies nous apprécions ce petit havre de nature après la longue traversée des terres arides et rocailleuses.

Les couleurs sont surprenantes, envoutantes. Surtout quand le soleil revient.

Les légendes islandaises regorgent de créatures mythiques dont les plus connues sont les trolls et les elfes. Il faut avouer que le climat de l’Islande se prête volontiers à ce genre de superstition. L’obscurité quasi permanente en hiver, le brouillard fréquent qui s’abat sur ce paysage rude et sauvage, le silence des hauts plateaux laissent facilement l’imagination vagabonder. Errer parmi les rochers noyés dans le brouillard est une expérience inquiétante.

Pas étonnant donc, qu’aujourd’hui encore, un islandais sur deux croie à l’existence du huldufólk, le peuple caché. C’est le nom donné aux elfes. Certains prétendent même les voir ou leur parler. Ils habitent les rochers et les collines. Ils ont la réputation d’être beaux, minces, petits comme des enfants, malins, espiègles, bienveillants ou indifférents aux hommes. En fait, ce sont les enfants cachés d’Adam et Eve.

Sur la F208, nous rencontrons notre premier elfe surveillant la piste et veillant que les lieux ne soient pas troublés.

Le campement est installé au pied d’une immense coulée de lave qui a jailli du Brennisteisalda en 1477. Le cadre est somptueux : une plaine où ruissellent de nombreux petits rus, au milieu de magnifiques montagnes rhyolites teintées d’ocres jaunes, bruns, rouges, avec parfois du bleu, du vert, du gris recouvert de mousse par endroit. On se croirait au Népal ou en Mongolie. Les reliefs sont creusés par les pluies qui semblent faire fondre les montagnes.