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Islande, terre de glace et de feu

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Je rêve de cette terre située entre l’Europe et l’Amérique, l’Islande. Ce pays de feu est de froid, désertique, mais fascinant. Pouvoir y contempler des landes lunaires, des déserts minéraux, des plages de sable noir, des geysers, des volcans, des glaciers vastes comme la Corse, découvrir une nature à l’état brut, ça c’est un rêve.

Rouler dans le froid et la brume, me plonger dans une eau à 38°, au milieu des fumerolles de soufre, m’enthousiasmer d’une « montagne qui me répondra quand je lui parlerai ».
Aller à la rencontre des elfes et autres trolls, entendre les chants vikings ancestraux, côtoyer ce peuple qu’on estime le plus heureux au monde. C’est encore un rêve… qui s’est transformé en réalité.

 Retrouvez ce voyage dans le Roadtrip no 41 d’avril/mai 2017 ou retrouvez l’article ici

16/24-7/15-8 4530 km

Qui se prépare à voyager, voyagera trois fois (la préparation, le voyage à proprement parler et les souvenirs qu’il en restera). La préparation au voyage fait déjà partie du voyage. Et si tout est bien préparé, avec des libertés possibles, ce sont des tracas en moins sur place. Ces préparatifs ont pris 5 mois, et ce fut un plaisir de les faire.

De nombreux visiteurs s’y sont promenés avant moi, et certains d’entre eux ont retracés leur expérience dans différents blogs, souvent très pratiques. Tout en sachant garder une certaine réserve quant au réalisme des faits. Ces blogs m’ont confirmé dans l’idée que l’Islande était un pays à ne pas manquer.

Après avoir potassé les blogs, parcouru les guides, positionné des confettis autocollants sur la carte, j’ai pu avoir une vue générale de ce qui était prioritaire à mes yeux. Mais là encore, le nombre devait être restreint. Aussi ai-je opté pour “tourner” dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en remontant vers le Nord-Est, une visite éventuelle du centre du pays en empruntant quelques routes F, la visite des fjords du Nord-Ouest, puis imaginé une descente vers le Sud par la piste F35 qui traverse l’Islande du Nord au Sud, un passage au Landmannalaugar, me rendre dans l’incontournable Cercle d’Or, et ensuite revenir vers l’Est pour les visites de Jökulsárlón et de Vik.

La réservation du ferry allait “callé” mes intentions de départ avec les “possibles” sur l’ile.

 

 

 

Epona a profité de quelques atouts supplémentaires. Au vu du terrain que j’allais rencontré, elle fut chaussée d’Heidenau k60.

 

 

 

 

 

 

 

 

La préparation du matériel à emporter pris également un certain temps. D’abord, le choix de la tente. Elle devait me permettre la monter rapidement et seul, dans laquelle je puisse cuisiner en plus de ranger une partie de mes affaires. Mais elle devait surtout résister au dieu Eole qui pouvait se montrer particulièrement arrogant.

Une fois tout cela rassemblé, commença une partie de jeu “tetris”. Réussir à mettre tout ce barda dans les valises que j’emportais était un nouveau défi.

Finalement, tout y a passé et le départ pour le pays du froid s’est déroulé sous une chaleur caniculaire.

 

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage

Après avoir traversé la Suisse, remonté l’Allemagne puis le Danemark, c’est enfin l’embarquement à Hirschthal pour le port islandais de Seydisfjördur.

Pour faciliter le chargement des véhicules, ces derniers sont “triés” et répartis dans des parcs en fonction de leur dimension. C’est l’occasion de premiers contacts. L’Europe presque entière est représentée.

Les motos sont lourdement chargées. Elles témoignent des motivations profondes de leur pilote ayant soif d’aventure.

L’arrimage des motos reste un moment épique. Elles sont alignées les unes “contre” les autres et l’espace les séparant est si petit qu’il est difficile de manœuvrer afin de les ancrer le mieux possible. La compagnie de navigation fournit des sangles d’arrimage. Elles sont tellement pourries qu’il vaut mieux prendre avec soi de quoi faire.

A côté de moi, deux belges s’activent. L’un deux tend la spancette qu’il a fixée. Mais à mesure qu’il actionne le mécanisme de serrage, sa moto se redresse et elle n’a plus d’appui sur la béquille latérale. L’équilibre est précaire et un “strike” est plus qu’envisageable au vue du nombre de motos alignées. Etant pour le rapprochement des peuples (et surtout, une folle envie de pouvoir poursuivre mon voyage dans de bonnes conditions, le bowling n’étant pas mon fort) je lui montre comment fixer facilement et solidement sa “belle”.

Sur le ferry, je retrouve Luc et Philippe, les deux belges rencontrés dans la soute. C’est l’occasion d’échanger sur nos projets de voyage, de délirer aussi… mais encore avec beaucoup de convenance. Philippe est dentiste et Luc son patient, une rencontre autant insolite… qu’improbable. Mathieu est aussi là. Un français qui voyage également seul.

Ouf, finalement c’est le débarquement. Il en fallait pas beaucoup plus. Les deux dernières heures ont été particulièrement pénibles. Quelques tangages de plus et je “chavirais”.

1er jour en Islande: Seydisfjördur – Asbyrgi canyon

Il est 0900 et quelques. Depuis le pont du Norröna, j’aperçois enfin les côtes islandaises, à travers les déchirures que le vent provoque dans un ciel gris. Après la longue traversée de l’Allemagne et du Danemark, l’embarquement d’Epona à Hirtshals et 48 heures de “croisière”, j’arrive dans le port de Seydisfjordur.

Sur le bateau règne une joyeuse excitation. Les conducteurs sont déjà au volant de leur voiture dans les cales du Norröna et bientôt les autres passagers s’agglutineront autour des bâtiments de la douane islandaise, en attendant le débarquement.

C’est parti. Les portes du bateau s’ouvrent. Huit-cents véhicules, allant de l’improbable Harley Davidson au monstrueux camion suréquipé, en passant par toute sorte de 4×4 et de berlines, défilent, s’arrêtent pour charger leurs passagers et repartent en quête d’aventure.

Nous voilà en Islande. Vent, froid et pluie nous accueillent.

On décide de se rendre à Egilsstadir. La ville tire son nom d’une ferme originale, elle s’est agrandie aujourd’hui pour devenir la plus grande ville de l’est de l’Islande. Nous y trouvons ce que nous cherchons à savoir de quoi se ravitailler à la fois en nourriture et en couronnes islandaises.

Luc, super motivé, a décidé de se transformer en “super cordon-bleu”. Pour se faire, il achète bien la “moitié” du magasin. Puis pour mes amis belges s’est le moment de mettre tout leurs achats dans le peu de place qui leur reste.

C’est le moment de se quitter. Après une chaleureuse accolade chacun prend la direction de son choix. Mathieu prend la direction d’une piste “impressionnante” selon les éléments de littérature qu’il a consulté. Luc et Philippe vont vers le nord.

Pour ma part, je souhaite visiter l’ile en tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Pourquoi? J’en sais rien…, mais cela me paraît être progressif en termes de difficultés routières et le retour par le sud me laisse entrevoir un retour au port en empruntant des routes plus aisées.

Découvrir les chutes d’eau de Dettifoss en empruntant une “gravel road” me séduit et me fixera immédiatement sur mes capacités à maitriser Epona sur ces routes tourmentées.

Je quitte Egilsstadir par la route no 1 en direction de mon objectif. Il pleut, il vente, c’est la fête à la grenouille… lorsque j’entends furtivement un coup de klaxon. Un rapide coup d’œil au rétro me permet d’identifier son origine. Philippe et Luc sont juste derrière moi…

A ce stade du voyage, il y a lieu de présenter mes compagnons d’infortune.

Après quelques kilomètres de cette route circulaire (elle fait le tour de l’île et est plus ou moins goudronnée dans sa totalité), je rejoins la 901. Mes amis belges me suivent… C’est l’occasion de découvrir les premières sensations sur une gravel road. Debout sur les cale-pieds, la moto se comporte à merveille.

Après quelques kilomètres et traversé un vaste plateau désertique, nous rejoignons la route circulaire. Puis nous empruntons la 864 qui permet d’admirer les chutes de Dettifoss du côté Est. Sur la gauche, dans un pierrier, je distingue une valise alu. Premier témoignage des aléas des routes islandaises. Un motard a perdu ici une partie de ses bagages…

Après 30km d’une piste en graviers/sable, nous arrivons. Le canyon est à notre droite. Une brume d’humidité s’élève et un grondement intense se fait entendre sur notre gauche. Nous sommes tout proches.

Elle se situe dans le canyon de la Jökulsá D’une largeur de près de 100m et hauteur de 45m, c’est la plus puissante d’Europe.

Elle charrie, dit-on, 500 000 tonnes de débris par an. C’est tout simplement impressionnant. Impossible de décrire l’esprit dans lequel on est lorsque l’on s’approche de l’eau, car ici, aucune barrière. A vos risques et périls. On se sent minuscule à côte de ce monstre.

“Gastounet”, viking intrépide, se prépare pour une première cascade. Même pas peur!

Elle est belle quel que soit l’endroit d’où vous la regardez. Féérique, envoutante. Un régal. Pour ne rien vous cacher, c’est cette chute qui m’a donné le déclic pour imaginer ce voyage en Islande. Je venais de consulter quelques blogs relatant des trips de motards, Dettifoss m’a ensorcelé.

Mais toutes bonnes choses ont une fin, nous devons reprendre la route, car cette première journée dans le grand Nord est bien chargée et nous avons encore des kilomètres à faire pour rejoindre notre futur campement.

Hafragilsfoss, un autre endroit surprenant.


Nous pousserons notre chemin jusqu’au Gorge de l’Asbyrgi qui se présente sous la forme d’un cirque naturel.

2ème jour en Islande: Asbyrgi canyon – Laugar

Une nouvelle journée commence pour nous en Islande. Certains se réveillent tôt. 4h30, il fait jour (enfin… moi j’en sais rien, je dors…). Direction la douche et préparation pour le départ… Petit déjeuner, omelette au jambon pour la Belgique. Je reste sur des fondamentaux plus classiques avec du pain et de la confiture… Puis, pliage des tentes et chargement de nos brèles.

9h30, la fine équipe est prête!!!

Départ d’Asbyrgi via la 85 pour longer la côte vers l’ouest. La température n’est pour l’instant pas très élevée, tout juste 8 degrés. Dans le même quart d’heure, nous avons le plaisir de gouter à tous les temps. Nuage, vent, pluie et même le soleil.

Ces changements subits de conditions météorologiques nous donnent l’occasion de découvrir des paysages aux lumières étonnantes.

Nous sommes juste à côté du lac Myvatn, le lac aux mouches. De l’autre côté de la route 1, on aperçoit le dôme du cratère de cendres du volcan Hverfjall. Pour y arriver, une petite piste de 5km nous amène au pied du volcan.

Y a comme du vent!!

La montée prend près de 30 minutes. La débuter trop rapidement n’est pas la meilleure des idées. Une fois là-haut, des vues superbes nous attendent. Non seulement de l’intérieur du cratère, mais aussi de tous les côtés, à 360°. Des paysages totalement différents au Nord qu’au Sud. Que du côté de Krafla ou celui du lac Myvatn. On s’arrête un peu partout pour contempler cette magnifique vue, ces paysages égorgés, mal menés.

En poursuivant notre route vers Hverir, notre étonnement ne va pas s’arrêter là.

Il est vrai qu’à moins de 3km de profondeur couve une immense chambre magmatique à l’origine de ces mouvements de terrain, de ces vapeurs, de ces éruptions volcaniques. Dire qu’il y a également quelques dizaines d’habitation de ce côté. Il faut oser, ne pas avoir peur de devoir s’encourir en plein milieu de la nuit quand le sol se met à trembler trop fort.

Pour rappel, les solfatares sont des fumerolles rejetant de grosses quantités de soufre. Autant dire que cela ne sent pas bon. Et que cette odeur d’œuf pourri, on a l’impression de la sentir encore deux jours plus tard. Mais le déplacement en vaut la peine.

Dans ces marmites de boue, l’eau fort acide dissout la terre et la roche (n’y plongez pas votre doigt). Les vapeurs gorgées d’hydrogène sulfuré se transforment en dépôts de soufre de couleur jaune vive. Le bruit est constant, et parfois très puissant, comme une marmite à pression.

Attention c’est chaud, très chaud. Le sol peut atteindre 80 à 100°.

Notre “gastounet” en viking vénérable a ignoré les recommandations faites. Chaud devant…

Les narines remplies d’odeur d’œuf pourri nous poursuivons notre route jusqu’à Laugar pour les remplir de l’odeur de poisson. En effet, non loin de notre camping sèchent des poissons et selon la direction du vent, nous dégustons…

Les “Bé èm wé” sont vraiment les plus solides et peuvent, à loisir, se transformer en étendage.

Ce soir, nous mangerons à la station-service du coin. Burger au menu. Les islandais souffrent pour la plupart d’une horrible maladie: la malbouffe!! Burger, hot dog et frite sont leur principale source d’alimentation.

Dans les stations-service islandaises, on trouve de tout. Les habitations sont tellement éloignées les unes des autres qu’il n’est pas rentable d’ouvrir des commerces d’alimentation. On les trouve dans les shop des station-service. Le wifi est souvent libre d’accès et c’est l’occasion pour les islandais d’entrer en communication au monde, pour nous aussi d’ailleurs.

3ème jour en Islande: Laugar – Laugafell

Il y a de la rosée ce matin, et comme à son habitude, le ciel est couvert. Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous allons pouvoir plier la tente au sec.

Les Belges se sont levés tôt, comme à leur habitude, tandis que la Suisse profite encore de la chaleur de sac de couchage. Départ usuelle, 9h30 – 10h00.

Le chargement des brèles est encore une petite aventure, surtout pour “gastounet” qui fait de réels efforts pour maintenir le rythme. Et lorsque tout est chargé, tout le monde prêt pour le départ: -” mais où ai-je mis les clefs!!” Elles sont évidemment dans le pantalon situé là, au fond du sac qui est solidement attaché sur la “Triomphe”.

Content le “gastounet”.

Direction Godafoss, superbe chute d’eau.

L’origine de son nom remonte à l’an 1000 quand l’Islande se convertit au christianisme. De retour de Thingvellir où l’Althing avait pris la décision d’adopter la foi chrétienne, Thorgeirr Thorkelsson, le “récitateur des lois” de l’époque, passa par ici en regagnant sa ferme et jetta les effigies des dieux païens dans la chute qui s’appelle depuis lors Godafoss, la “chute des dieux”.

C’est au niveau de Godafoss que commence la route F26 appelée aussi Sprengisandur. C’est la deuxième piste du pays qui permet, en été, de relier le nord au sud en traversant le désert intérieur entre les glaciers Hofsjokull et Vatnajökull. Elle est uniquement accessible aux 4×4 à cause de nombreux gués infranchissables en voiture normale.

Après quelques kilomètres à peine se trouve la chute d’Aldeyjarfoss. C’est la même rivière qui alimente Godafoss 35 km en aval. Ici, elle s’est frayé un passage dans une vieille coulée de lave révélant de magnifiques orgues basaltiques couverts de lichens orange.