Marruecos, là où les montagnes et le désert cohabitent.
Aller là où les montagnes et le désert cohabitent dans une singulière harmonie, arpenter les plateaux herbeux truffés de lacs volcaniques, s’enfoncer sous les cèdres millénaires du Moyen-Atlas, tutoyer les cimes enneigées du Haut-Atlas, naviguer au coeur des étendues désertiques et ensablées du sud marocain, se glisser dans la fraîcheur inattendue des palmeraies pour repartir à la rencontre des berbères et des souks animés. Le Maroc, dans toute sa splendeur nous tend la main.
Nous sommes fin octobre, l’automne donc, mais il ne fait pas froid. L’été semble vouloir se prolonger… Nous nous dirigeons vers le port de Gênes et le Fantastic est là à quai, il nous attend. Ses moteurs ronronnent déjà et de la fumée sort de ses cheminées.
A peine arrivés, et déjà embarqués! À bord, comme on pouvait s’y attendre, une majorité de Marocains. Certains vêtus de leur djellaba disputent âprement leur partie de cartes. D’autres habillés à l’européenne déambulent dans les coursives. La majorité des femmes sont voilées. Tout ici respire le Maroc, mes pensées s’envolent déjà vers Tanger. J’aime ce nom, Tanger… , je ne sais trop pourquoi, il évoque les terres lointaines, l’inconnu.
Nous sommes partis maintenant, avec une heure de retard. Mais ne dit-on pas que nous avons les montres et les marocains le temps… Qu’importe, la nuit est tombée. Au loin, il ne reste plus que les lumières de Gênes et de quelques bateaux qui clignotent au large.
Après une première nuit, c’est l’heure… oui mais, l’heure de quoi? Que peut-on bien faire durant les 48 heures de ce Gênes-Tanger. Et bien pas grand chose en fait. Entre les repas, petites balades sur les différents ponts, petite sieste et re-balades sur les coursives externes pour respirer l’air de la mer.
Le Fantastic en impose tout de même un peu avec ses neuf ponts. Il fend les eaux à 20 nœuds, laissant dans son sillage une traînée d’écume blanche. Nous croisons de temps à autre des porte-conteneurs de taille assez modeste.
Les côtes espagnoles sont en vue, puis enfin les côtes marocaines. Nous croisons dans le détroit de Gibraltar qui, à l’échelle des continents, ressemble à un mince filet d’eau. En arrivant au port, il fait nuit. Nous allons devoir rouler de nuit, mais je n’en ai cure, je suis à Tanger, je suis allé au Maroc. J’y suis pour de vrai.
1er jour au Maroc: Temara – Essaouira L’autre, il faisait nuit!
Nous nous levons dans la douceur automnale. Denis barbotte dans la piscine de l’hôtel depuis de longues minutes déjà. Après un riche petit déjeuner, nous laissons le confort de notre hôtel derrière nous et prenons la direction de la ville de Casablanca à un peu moins de 100 km de là. Un trajet durant lequel nous traversons plusieurs villages. C’est là l’occasion de découvrir la population et de voir les habitants travailler dans les champs, garder les troupeaux de chèvres et de moutons.
Nous faisons la pause de midi à El-Oualidia, paisible station balnéaire située sur la côte Atlantique, à mi-chemin entre Casablanca et Essaouira.Les huîtres de Oualidia sont réputées partout au Maroc. “Ce sont les meilleures du monde !”, assurent les habitants avec fierté. On vient le week-end, souvent de loin, pour s’en repaître, et se gaver d’araignées, de homards et de langoustes.
Mais le secteur est aussi connu pour sa profusion de rougets, daurades, turbots, bars et autres poissons que ramènent une cinquantaine de pêcheurs locaux.
A peine nos flats se “taisent” que déjà nous sommes assaillis de vendeurs de coquillages et autres crustacés. Chacun y va de son commentaire pour vanter les mérites de sa pêche. Parfois le geste appuyant la parole, les heurts semblent monnaie courante. Sur la plage se disputent de petits restaurants qui proposent des assiettes de poissons grillés au barbecue pour des sommes dérisoires.
Laissant les pêcheurs à leur occupation, nous reprenons la route. En cette période de l’année, le soleil décline lentement avant de venir “mourir” dans la mer.
Nous arrivons à Essaouira avant la nuit. Une fois installés dans un riad alliant la finesse française aux charmes marocains, nous profitons du temps qui nous est donné pour visiter les souks. La muraille crénelée de pierre et de terre, cernant la vielle ville, est percée de plusieurs « Bab » ou portes d’accès. Nous pénétrons la médina par Bab Doukkala au nord-est et arpentons ses ruelles piétonnes étroites. Pour l’explorer, rien de mieux que de s’y laisser guider par des pas errants, au rythme paisible et apaisant des habitants.
C’est ainsi qu’au détour d’une ruelle, on se retrouve au milieu du marché d’épices, d’herbes et de grains, les parfums provocants du musc et de l’harissa, se mêlent aux notes délicieuses de nougat, de fleur d’oranger, de jasmin et de menthe fraîche. Les herboristes berbères vantent les bienfaits miraculeux de leurs produits naturels ancestraux propres à guérir tous les types de maux. L’odeur croustillante du pain émane des fours publics traditionnels.
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2ème jour au Maroc: Essaouira – Tafraoute
Au réveil, la brume s’est emparée de la plaine pour finalement laisser place au grand soleil dans la journée. Nous nous dirigeons vers Imsouane, un petit village de pêcheurs, situé entre Essaouira et Agadir, isolé du monde du fait de sa localisation au pied des montagnes des Haut Atlas. Sa baie est nichée au pied de fabuleuses falaises. Ici, la vie s’égraine au rythme des marées. On y rencontre les plus belles vagues du Maroc.
A la base, ce village est connu pour son ambiance « roots » et hippie. Aujourd’hui des maisons d’hôte et des camps de surf commencent à voir le jour. C’est étrange de voir les pêcheurs, œuvrant à leur occupation quotidienne, côtoyant les surfeurs ne pensant qu’à se faire plaisir dans les vagues. A l’évidence, les priorités ne sont pas les mêmes!
Après Agadir, nous avons pris la route de Biougra. Une fois Aït Baha passée, après le barrage, la route s’enfonce dans une profonde vallée, où s’égrènent de petits villages aux couleurs chaudes s’harmonisant merveilleusement avec les terres environnantes. D’anciennes cultures en terrasses rappellent au voyageur averti une activité rurale millénaire. Certaines d’entre elles, totalement désertes, nous permettent d’observer de magnifiques paysages arides où seuls poussent les arganiers. La végétation est clairsemée, le territoire s’étant à l’infini. D’autres sont occupés par des villages
[supsystic-gallery id=24 position=center] Cette étrange vallée se termine à Tizourgane. Perchée sur une butte, une kasbah composée d’une cinquantaine de maisons traditionnelles nous laisse sans voix.
Les chèvres ne grimpent pas aux arbres !! Mais au détour d’un virage, nous découvrons sur des arganiers quelques chevrettes s’exerçant pour un magnifique numéro de funambulisme. L’arbre tout entier s’anime et se transforme au grès des déplacements des biquettes. Lorsqu’il n’y a plus rien à brouter au sol, les arganiers leur servent des fruits qu’elles raffolent.
Plus nous nous approchons de Tafraoute, plus les montagnes prennent de la hauteur. Et quelles montagnes, cette chaîne de l’Anti-Atlas ! Notre regard s’élève pour rencontrer des roches aux couleurs s’alliant à merveille avec le vert tendre des quelques herbes qui daignent recouvrir le sol. Les maisons assorties au granit rose des montagnes s’éparpillent au milieu des amandiers, des arganiers et des palmiers.

A l’orée du village, au milieu d’une zone désertique, des dizaines rochers bleus et roses sont disposés çà et là. Le temps, l’érosion naturelle due aux intempéries diverses et les chèvres grandes amatrices d’arganiers qui poussent sur place, tout concoure pour que cette peinture se disperse dans les terres. De nombreuses personnes se sont questionnées sur cette nécessité de peindre des amas rocheux dont les couleurs naturelles sont déjà splendides, faisant de Jean Vérame un homme à l’œuvre très controversée. L’initiative fait encore débat. Il est vrai que le paysage, superbe en soi, n’avait pas forcément besoin de ça pour être grandiose. Mais la vision d’ensemble est quand même surprenante
En définitive, il n’y avait pas que les rochers qui étaient colorés… ce fut une belle rencontre… pleine de charme et de sourires.
3ème jour au Maroc : Tafraoute – Fint
Au matin, nous laissons la douce quiétude de Tafraoute derrière nous et prenons la direction de la ville d’Igherm à 100 km de là. Un trajet durant lequel nous traversons plusieurs vallées. Certaines, totalement désertes, nous permettent d’observer de magnifiques paysages arides où seuls poussent les arganiers. La végétation est clairsemée, le territoire s’étant à l’infini. D’autres sont occupés par des villages. C’est là l’occasion de découvrir la population et de voir les habitants travailler dans les champs, garder les troupeaux de chèvres et de moutons.
Le panorama est exceptionnel ! Chaque vallée apporte son lot de teintes et de nouveautés. La route sinueuse escalade les reliefs escarpés du Haut-Atlas.
La route sinueuse à travers la vallée est en piètre état mais elle nous récompense de paysages de montagnes aux milles couleurs.
Au versant des montagnes s’accrochent des petits villages berbères dont les maisons cubiques s’élèvent en gradins parmi les cultures en terrasses. Des bergers menant leurs troupeaux de chèvres et de brebis croisent parfois notre chemin.
Peu après Tazenakht, pour rejoindre notre point d’étape pour la nuit, la piste de Fint s’enfonce vers le nord. Le décor change. La terre s’assèche un peu plus encore. La vue sur les paysages alentours est impressionnante. Le panorama à couper le souffle ! De montagnes en canyons, la piste est rocailleuse, désertique. Quelques végétaux semblent pourtant survivre en ces terres hostiles et inaccessibles. Quand au loin, on distingue de rares oasis dont le vert franc des palmiers et amandiers tranche avec les tonalités d’ocre brun, rosé, violacé.
On découvre un paysage minéral et torturé, entre canyons et sommets de basalte noir et ocre. On peut a priori trouver le paysage austère, mais la quiétude des rares oasis révèle aussi sa douceur.
4ème jour au Maroc : Fint – Merzouga
Le jour se lève et le soleil colore l’oasis de Fint. Une teinte douce et chaleureuse comme celle de nos hôtes. Le four à pain est déjà en activité depuis plusieurs heures. C’est le travail des femmes qui viennent une à une chargées de la pâte à pain et de quoi alimenter le brasier. C’est l’occasion pour elles de bavarder autour du foyer. Nous prenons le temps d’un bon petit-déjeuner et nous quittons la douceur de Fint pour les dunes de Merzouga.
De suite après Ouarzazate, la route se déroule en virages au milieu de magnifiques paysages. Le massif de granit et de grès nous offre un décor lunaire. Passé le Haut Atlas, le Sahara s’ouvre et devient grandiose. En toile de fond, les sommets donnent à ce voyage une ambiance unique.
Le spectacle continue ! Grandes courbes et petits lacets, gorges profondes et canyons étroits, la route 108, décidément bien généreuse, continue d’exhiber ses merveilles au fil des kilomètres. En redescendant vers Tazzarine, la verdure fait de nouveau son apparition et des petits villages composés de maisons traditionnelles nous contemplent de leur teinte ocre dont l’intensité varie au fil du jour.
Sur la route, un panneau à l’orthographe délicieusement décalée nous annonce qu’il est déjà midi bien sonné. Il est temps de déguster quelques bananes bien mûres.
La route est droite, rectiligne. Elle file vers le sud, elle s’enfonce au loin dans le sable…
Au delà de l’oasis de Tazzarine, notre trip nous entraîne vers Merzouga avec ses paysages composés de cols ensablés et de plateaux assaillis par des dunes aux couleurs changeantes.
Au loin, on peut déjà apercevoir les premières dunes de sable aux formes voluptueuses s’étalant vers ce qui semble être l’infini. Le désert nous appelle. Un vrai morceau de désert, qui vient buter contre l’horizon.
Les dunes de sable s’étendent à l’horizon sans se soucier des frontières. Par là, quelque part c’est l’Algérie, mais les dunes et le vent passent au travers des pays. De temps à autre, une caravane fait son apparition. Les dromadaires ne sont plus chargés d’or ou de sel en provenance du Mali mais juste de touristes en partance pour … pas très loin. Mais qu’importe, l’image n’en reste pas moins harmonieuse, ceci même si, j’ai une aversion profonde pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un voyage organisé.
Et à l’heure où le soleil décline, les reliefs s’accentuent marquant les contrastes. Une lumière dorée couvre le paysage comme pour mieux nous envoûter. Nous admirons ces formes ondoyantes, ces courbes parfaites, ces pentes qui se terminent en arêtes effilées. Ce paysage chaque jour remodelé par le vent. L’erg Chebbi s’illumine de nuances dorées avant de s’enflammer en rouge, fuchsia, rose pâle, toute une palette de formes et de couleurs dessinées par les dernières lueurs du jour.
5ème jour au Maroc : Merzouga – Tineghir
Au matin, on part à pied dans la quiétude des dunes. Sous le soleil levant, les dunes revêtent leur tenue de “sortie” à la couleur orangée. Et aussi loin que notre regard se porte, nous ne voyons que ça, des dunes.
Au loin, la crête de sable révèle des cordons dunaires quasi parfaits, dont la sensualité contraste avec la rudesse des regs traversés.
À partir d’ici, on reprend une route rectiligne qui pénètre de plus en plus dans le désert en direction du village d’Erfoud.
Les paysages désertiques arides s’enchainent. Nous apercevons sur le bord de la route d’étranges monticules de terre, souvent surmontés d’une poulie en bois. On les appelle ici des Khettaras. Ce sont des systèmes d’irrigation souterrains datant du VIIe siècle qui permettent encore aux agriculteurs de récolter le liquide précieux de la nappe phréatique pour irriguer leurs terres. On s’arrête pour visiter une des galeries souterraines avant de siroter un thé à la menthe.
La route rectiligne traverse maintenant une vaste zone de désert caillouteuse, au cœur d’un désert minéral qui n’incite pas particulièrement à faire halte… Nous poursuivons notre roadtrip en empruntant une route parsemée de villages traditionnels, de vieux douars, et bien sûr d’antiques Kasbahs. Au détour d’un virage, on aperçoit une ancienne forteresse en pisé, posée comme ça au bord de la route, entourée d’une palmeraie verdoyante, avec comme toile de fond les pics des premiers contreforts du Haut-Atlas.
Nous poursuivons ensuite par la route qui s’enfonce dans la vallée le long de l’oued. Les paysages sont spectaculaires avec de nombreux villages de part et d’autre. Le contraste entre les zones verdoyantes qui entourent les hameaux et l’aspect désertique et rocailleux des montagnes colorées est saisissant. Tout au long de la route les habitants vaquent à leurs occupations quotidiennes immuables: les femmes avec leurs imposants baluchons de fourrage, les hommes sur leurs petits ânes maigres ou dans leurs boutiques, les écoliers avec leurs cartables.
L’accueil chaleureux des Marocains n’est pas une légende, et il participe activement au sentiment de bien être que l’on ressent. Leur sourire, leur gentillesse nous ont à chaque fois ému. Il n’est pas rare que spontanément nous bénéficions d’un salut de la main ou d’un signe de félicitations. La plupart du temps, les enfants font de grands gestes de bienvenue à notre passage. Cependant, et même si cela est resté une minorité, il nous est arrivé d’essuyer un geste obscène, voir même menaçant. Certains nous ont poussés ou se sont précipités sous nos roues. Cet enthousiasme débordant peut être dangereux, autant pour les enfants que pour le groupe de motards. Mais comment s’en étonner, lorsque l’on sait que des caravanes de 4×4 traversent régulièrement les villages, sans s’arrêter, fenêtres baissées et jetant au dehors t-shirt et stylos. Les autochtones nous ont prévenus : “Ne leur donnez rien…”
A partir de Goulmima, nous quittons le réseau de routes principales pour remonter l’oued Ghéris. L’itinéraire serpente entre l’étendue désolée d’une hamada chauffée à blanc l’été et les sombres contreforts calcinés de l’Anti-Atlas. Les lacets changeant de l’oued Ghéris dessinent un paysage désolé, alternant écailles d’argile desséchée, amoncellements rocailleux, bancs de sable et… poches de verdure. Ecrasées par le soleil et balayées par des vents abrasifs, des oasis s’étalent aux bords du lit, preuve s’il en fallait qu’occasionnellement il se remplit : flots impétueux des fontes de neiges au printemps, crue éclair lors des épisodes orageux d’automne.
Plus nous rentrons dans les gorges d’Amsad et plus les espaces sont marqués par l’impact de la population berbère, qui a longtemps vécu du pastoralisme et de petites cultures en terrasses. D’un côté, les toits des maisons en pisé qui dégringolent vers la rivière bordée par de superbes palmeraies. De l’autre, les collines minérales et les reliefs du Haut-atlas.
En poursuivant au delà des gorges, le village de Tamtatouchte apparaît tel un îlot habité et cultivé isolé au milieu d’un océan minéral.
Au détour de chaque virage, le changement de décor est tellement surprenant que nous en restons presque sans mots.
Nous profitons pleinement du spectacle des parois verticales rougeoyantes. Dans la zone la plus étroite des gorges, au bord de la route, des marchands ont installé leurs petits étals de souvenirs. Plus bas, des enfants jouent au foot, la route se transforme en place de jeux. Ici l’écartement entre les parois n’excède pas les 30 mètres. Passée la zone encaissée entre les hautes falaises, nous suivons la rivière. La vallée s’ouvre sur une palmeraie. Enchâssée au creux des montagnes, elle déroule son immense ruban verdoyant jusqu’à la ville de Tineghir. De grands prés cultivés apparaissent dans les clairières éparpillées au milieu d’une véritable mer de palmiers.
6ème jour au Maroc : Tineghir – Agoudal
Le village d’Agoudal est perché dans le Haut Atlas, là où se joignent routes et pistes. Arrivant des gorges du Todra et du Dadès après avoir effectué un périple étonnant sur ces gorges enchanteresses et franchi des cols splendides, nous y passerons la nuit.
Arrivé à Boumalne, nous ne bifurquons pas tout de suite vers les gorges du Dadès. Peu après Kelâat M’Gouna, une piste permet de rejoindre la Vallée des Roses. Un Maroc authentique se cache ici, derrière un nom de fleur délicate, un nom qui lui va si bien. Ici le match se joue éléments contre éléments, couleurs contre couleurs, contrastes contre contrastes. Entre le rose de la roche minérale, le bleu du ciel et le vert des jardins luxuriants de la vallée, le verdict est toujours le même : match à égalité ! Pour fouler cet immense terrain de jeu, il faut remonter le long de l’Oued M’goun qui courre de Kelâat M’Gouna à Tamalout Bou Tharar.
L’émerveillement va graduellement, au fur et à mesure de l’immersion dans la vallée. À chaque virage, un panorama inattendu dévoile son lot de visions féeriques. Ici des montagnes granitiques cascadent de façon spectaculaire. Un peu plus loin un vieux village en pisé mise sur la carte du contraste. Partout les cultures tapies le long de l’oued exhalent le parfum délicat et bienveillant de la végétation. On peine à garder les yeux sur la route tant la beauté lézarde ici, là-bas, partout…
La route ondule encore une fois à travers les flancs de l’Atlas où sont accrochés des douars et des petits villages avec leurs maisons qui se fondent dans le décor. Nous longeons l’Oued Dadès qui a creusé péniblement son lit au creux de falaises vertigineuses de grès et de roches calcaires. Les paysages montagneux inhospitaliers se succèdent ponctués d’une succession de palmeraies dotés de mosquées, de Ksours, et de Kasbahs si typiques de la région. Le panorama est spectaculaire. On ne peut qu’être en admiration totale devant ces formations géologiques millénaires et ces palmeraies fécondes qui font de cette vallée une des plus belles au Maroc.
Les villages s’échelonnent tout au long des rives sinueuses et verdoyantes tandis que les roches ocres barrent l’horizon.
Après Aït Oudinar la rivière s’incruste au plus profond d’un étroit canyon bordé de falaises rougeoyantes pendant que la route escalade la pente raide par des lacets audacieux. Un ciel pur, une lumière parfaite nous permettent d’apprécier pleinement toutes les subtiles couleurs d’un paysage spectaculaire.
La route monte en lacets sur 6 kilomètres jusqu’à la Tortue, merveille géologique que l’oued a taillé dans la montagne aride, une carapace idéale entourée des méandres de l’oued. A la base de la tortue, une étroite bande de cultures fertiles.
La route longe ensuite d’impressionnantes pentes jusque Memsrir, terminus du goudron. Les multiples strates semblent dérouler devant nos yeux les courbes de niveau d’une gigantesque carte.
L’immensité à perte de vue, de grands espaces sauvages, arides. Une terre désolée faite pour les reptiles. Et à mille lieux à la ronde, le silence pour seul compagnon. Une plénitude absolue et l’envie d’aller toujours plus loin. Des plates étendues aux monts vallonnés, des reliefs aiguisés aux canyons abrupts, la nature pure, originelle.
Niché à 2 300 m d’altitude, Agoudal est reconnu comme le village habité le plus élevé du Maroc. Un village secret et hors du temps, où la tradition perdure, où le courage est de rigueur dans cette partie du Maroc caractérisée par le dénuement et la pauvreté. Ici, le climat est rude, l’hiver est long, la richesse vient de petits arpents de terre arrosés par un ruisseau qui prend sa source non loin de là. Le soleil est déjà bien bas lorsque nous arrivons chez Othman où nous passerons la nuit.
7ème jour au Maroc : Agoudal – Midelt
Ce matin, dès que les premiers rayons de soleil apparaissent au-dessus de la crête montagneuse, nous quittons Agoudal. Nous avons l’intention de rejoindre Midelt par la piste du Cirque de Jaffar puis de poursuivre notre route vers Fès. Après avoir pris des renseignements auprès de notre hôte sur les conditions de l’itinéraire choisi, nous nous mettons en route à la découverte de ce lieu du bout du monde, tandis que les villageois s’en vont pour une longue journée de travaux des champs. Certains partent avec leur pioche pour irriguer les parcelles. D’autres avec leur serpe pour ramasser de l’herbe pour le bétail.
Dans les montagnes de l’Atlas, près d’Imilchil, célèbre pour son Moussem des Fiancés qui se déroule à la fin de l’été, les lacs de Tislit et Isli sont le lieu d’une légende d’amants malheureux. C’est aussi un superbe paysage minéral.
Pas de Moussem aujourd’hui sur les rives de Tislit, point d’agitation touristique. Ce qui nous anime dans l’immédiat c’est un tambourin sorti, on ne sait d’où, qui sous le rythme des musiciens entraine les femmes dans une danse endiablée. Nous avons vite fait de nous mêler à la joyeuse troupe. Dans une folle ambiance, les femmes berbères nous enseignent l’art du youyou.
Poursuivant vers notre destination, la route remonte sur un aride plateau dominant le filet vert des abords de l’oued. Les villages se succèdent, bordés de jardins, tandis que les montagnes ne sont que roches ocres, rouges ou roses sans végétation.
Les voici, les premiers cèdres de l’Atlas! Les plus vieux dépassent avec leur silhouette caractéristique. Auparavant, les cèdres recouvraient le Moyen Atlas. Aujourd’hui menacé par le changement climatique, la présence des troupeaux ou encore l’abattage clandestin, le cèdre marocain n’est présent que dans certaines parties de l’Atlas. Cette déforestation massive fait la place belle à un tableau naturel où l’ocre et le mauve colorent à merveille le paysage.
Considéré comme l’une des plus belles pistes de l’Atlas, le cirque de Jaffar n’en demeure pas moins l’une des plus difficiles d’accès. Un paysage complètement différent de la veille mais tout aussi splendide. Pendant de nombreux kilomètres, nous longeons les contreforts du Haut Atlas. La nature qui défile devant nous est d’une grande beauté, toute empreinte de sérénité et de simplicité : bosquets de cèdres et de petits chênes, grandes coulées où paissent de nombreux troupeaux de moutons et de chèvres, couloirs dévalant la montagne, champs en culture, quel bonheur ! Et, le summum, c’est lorsque nous atteignons finalement le Cirque de Jaffar.
Il faut tout de même être réaliste. Rouler sur cette piste caillouteuse, chargés de nos caisses et en duo de surcroît, n’est pas chose aisée. Du Cirque de Jaffar, nous sommes descendus vers les Gorges… Oh! pas bien longtemps, mais suffisamment pour nous rendre compte que l’heure avançait et que la piste ne devenait pas moins technique. Finalement, nous sommes revenus sur nos pas. Nous avons pris du temps, notre temps et beaucoup de plaisir.
8ème jour au Maroc : Midelt – Chefchaouen
Initialement, nous avions prévu de nous arrêter dans un bled proche de Fès, mais vu “la partie de jardinage” de la veille, nous devons constater quelques kilomètres de retard sur le chemin du retour. Par conséquent, ce sera une longue étape, bouclée sur un rythme d’enfer.
Proche d’Azrou, nous faisons une halte pour voir les singes magot. Dernière espèce de macaques vivant encore au Maroc. Dans la forêt de Feu le Cèdre Gouraud, les mines blafardes des touristes s’illuminent lorsqu’ils aperçoivent, au détour d’une clairière une famille de magots en « pseudo liberté». C’est qu’ils sont si attendrissants avec leurs bébés macaques et leurs yeux expressifs.
Pourtant, ce que ces touristes ignorent, c’est qu’en pensant faire plaisir au petit dernier, ils participent eux-aussi au déclin de l’espèce en leur donnant des cacahuètes achetées sous le panneau “ne donner pas à manger aux singes”.
Les singes magots ne reconnaissent plus leur habitat naturel diminué par l’action conjointe des hommes et de la folie des hommes. Le territoire de ces charmants acrobates, trop clairsemé pour vivre, leur permet à peine de survivre en écorçant de jeunes cèdres, faute de trouver autre chose à manger… et surtout à boire, car privés d’accès à l’eau, les singes magots meurent de soif.
Dans le rif, depuis toujours, les Berbères sont des insoumis. C’est une terre propice à la guérilla, une poignée d’hommes a tenu tête aux troupes de l’armée française. Il le paie encore aujourd’hui par le peu d’infrastructure dont ils disposent. Mais les temps ont changé. Les rebelles ont troqué leur costume de guérillero contre celui de paysans. On cultive du blé, un peu, mais surtout… du cannabis. Pour les rifains, le rif c’est le kif. C’est un art de vivre. C’est également, avec le tourisme, la principale source de revenu de la région. Les envahisseurs, jadis armés de fusils, ne portent guère plus que des appareils photos en bandoulière.
Après Issaguen, on prend la direction de Chefchaouen. Le soleil est rasant et m’éblouit, les derniers kilomètres sont pénibles. Peu avant la nuit, Chefchaouen se couche avec le soleil.
Chefchaouen la ville bleue! Malgré la fatigue du jour, une découverte de la médina s’impose. Mille ruelles escaladent le creux dans la montagne où la ville est nichée. Ambiance magique dans un décor aux murs blancs, aux portes bleues, où chaque arche et chaque renfoncement sont une invitation à aller plus loin se perdre dans le dédale de ruelles.
Dernier jour au Maroc : Chefchaouen – Tanger
Pour ces dernières heures sur le sol marocain, nous décidons de profiter une ultime fois de la douceur des lieux pour nous immerger dans la délicieuse lumière de la ville des “schtroumpf”. Pour prendre le pouls de ses nuances chromatiques, il faut s’aventurer dans ses venelles tortueuses. Bleu azur, bleu cobalt, bleu lavande et bleu outremer se confondent en tous lieux comme pour mieux défier le bleu du ciel.
Au hasard des déambulations, des vues s’ouvrent, tel des balcons panoramiques, sur les toits chaulés de bleu qui courent jusqu’aux montagnes. Le choc esthétique est si puissant qu’on se prend à penser que toutes les villes du monde mériteraient bien quelques coups de pinceaux pour égayer leurs univers.
Au hasard d’une ruelle, on retrouve les marchands de tissus, et les échoppes d’artisanat typiques des souks marocains vendant tapis, babouches, lanternes, poteries et céramiques.
Laissant le bleu de Chefchaouen, nous reprenons la route pour le bleu de mer.
C’est la fin d’un beau voyage, nous retiendrons la couleur de la terre crue, de ces maisons en pisé, la couleur du Maroc. C’est elle qui nous rappelle que nous sommes sur le sol africain. Ici, le caractère est fort, rustique mais le coeur est doux.